Du haut du plus grand pont du monde,
Un petit garçon pleurait,
Du haut du plus grand pont du monde,
Un petit garçon rêvait…
Il rêvait de Paris, de Vincennes et de l’Île,
De l’Île Saint-Louis, de la Seine tranquille
Qu’il n’avait pas connue, il était né là-bas
Aux horizons perdus des tristes U.S.A.,
Son père avait voulu gagner beaucoup d’argent,
Et il n’avait vécu qu’en quartiers élégants,
De New-York à Frisco, tous les cours de français
L’avait bien vu pleuré en butant sur les mots.
Mais du haut du plus grand pont du monde,
Un petit garçon pleurait,
Du haut du plus grand pont du monde,
Un petit garçon rêvait…
Il rêvait d’une France aux langueurs océanes,
Aux parfums de vacances, aux senteurs de sardane,
A ce que racontaient les vieux de l’ambassade,
Aux bateaux qui filaient en le laissant en rade.
Souvent pour le dîner, il ne disait plus rien,
Ses parents s’inquiétaient et pensaient qu’à la fin,
Ce petit avait tout pour faire un gosse heureux
Et qu’on a un mal fou à l’élever un peu.
Mais du haut du plus grand pont du monde,
Un petit garçon pleurait,
Du haut du plus grand pont du monde,
Le p’tit garçon s’est jeté…
San Francisco vient d’assassiner
Un tout petit garçon.